Épreuves cachées

Aux portes du Palais, près de 10.000 personnes se présentèrent pour concourir et plus de 20.000 autres pour regarder le spectacle, commercer, encourager leurs amis… On pourrait s’étonner du nombre, puisque les règles établies ouvraient les portes à plus de 3 millions de candidats potentiels. Mais comme l’a expliqué Hacoc à tous ceux qui avaient envie de l’écouter,  les règles intérieures sont beaucoup plus puissantes que les règles extérieures. Le roi pourrait déployer tous ses efforts pour vous inviter à manger à sa table, si vous n’y croyez pas, ou si vous avez peur des conséquences de votre geste, vous pourriez refuser la proposition avec la certitude qu’elle n’a jamais été…

L’Univers aura beau vous donner plus que votre part, c’est vous qui aurez le dernier mot…

En période de changement, la peur d’échouer comme la peur de réussir (qui sont à placer au même niveau) écartent beaucoup de gens du chemin. Dans ce Royaume, devenir prince alors que l’on n’était pas de sang royal était un profond changement. Même ceux qui se plaignaient de vivre l’injustice d’être «mal nés» critiquèrent l’option de se voir gouvernés par un incompétent ! Ainsi, en considérant qu’un homme du peuple était forcément incompétent de par son éducation ou son parcours de vie, ils  furent les premières victimes de leur propre jugement. Hacoc le disait souvent à toute personne qui ne croyait pas en sa propre légitimité d’évoluer :

Tu es ton premier juge. Les autres ne sont que reflet…

Plusieurs files d’attentes furent aménagées, afin d’accélérer les inscriptions : chacun devait écrire son nom sur un registre, avant d’entrer dans une tente dans laquelle un instructeur expliquait les règles du concours groupe par groupe, et répondait à toutes les questions.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, l’attente fut longue. Au bout d’une heure, un homme commença à se plaindre :

– Je suis venu ici pour devenir un prince, et voilà qu’on me fait attendre comme si je n’étais qu’un citoyen de seconde zone ! Cet accueil n’est pas digne de mon rang ! Je ne cautionnerai pas une organisation aussi déplorable par ma présence !

Beaucoup de gens le pensaient sans oser le dire. Mais en libérant les mots, il libéra une énergie particulière qui créa un mouvement : des dizaines de personnes commencèrent à se plaindre, chacune apportant son lot de créativité à ce qui ne convenait pas. Pour appuyer leurs dires, ces révoltés quittèrent les lieux, attirant par leurs prises de position et leurs paroles plus de 1.000 suiveurs qui disaient de façon plus ou moins explicite :

– Tu as lu dans mes pensées ! Je pense comme toi, donc je te suis…

Si Touride n’était pas passé par le parcours «CROIRE», il aurait probablement quitté les lieux à ce moment-là. Mais il se souvint d’une expérience menée par Hacoc, qui démontra à l’auditoire que les personnes qui «lisent dans les pensées» n’ont aucun pouvoir ésotérique. Elles ne font que lire ce qu’elles ont écrit quelques minutes plus tôt…

Ainsi, plus de 1.000 candidats abandonnèrent au bout d’une heure d’attente. Beaucoup d’entre eux diront après la finale, que s’ils avaient participé aux épreuves, ils auraient gagné ! Pas un seul instant il ne leur vint à l’esprit que la première épreuve fut celle de la patience…

Une Energie particulière

L’un des prétendants qui se trouvait à plusieurs centaines de mètres du lieu de l’inscription eut alors une idée pour rendre l’attente plus agréable :

«Messieurs, dit-il à ses concurrents, nous sommes tous des hommes de talent, et avant de nous affronter, nous pourrions apprendre les uns des autres. Je m’appelle Neige, je suis musicien.» Il prit sa harpe et se mit à jouer et à chanter.

D’abord surpris par la proposition, puis charmés par les mélodies du jeune-homme, ils décidèrent de participer : un jongleur vint le rejoindre et lança ses balles en rythme. Un magicien apparut soudainement dans un nuage de fumée et donna sa part de mystère au spectacle improvisé, puis ce fut le tour du charmeur de serpent, des équilibristes, des conteurs… Non loin de là, ce sont les artistes manuels qui formèrent leur groupe : dessinateurs, graveurs, sculpteurs sur bois, calligraphes, et même un souffleur de verre qui avait inventé un atelier mobile. Il fit sensation !

Le temps parut plus court pour tous : participants et spectateurs. Mais là encore, ce moment de partage fut vécu comme une véritable épreuve pour certaines personnes, convaincues de n’avoir aucun talent. Face à ce spectacle, dans lequel ils ne trouvaient pas leur place, ils commencèrent à se sentir « étrangers ». Distraits pas toutes ces merveilles, ils oublièrent la raison pour laquelle ils étaient là. Ils firent trois petits tours et s’en allèrent rejoindre les gradins des spectateurs… par centaines.

Ainsi, échouèrent-ils à la seconde épreuve cachée : distraits par le chemin, ils oublièrent leur destination.

Touride se souvint d’une phrase que Hacoc avait empruntée à un certain Lao Tseu :

Il n’y a point de chemin vers le bonheur : le bonheur c’est le chemin.

Puis elle ajouta (parce qu’elle avait lu bien plus que la célèbre citation) :

Aussi, poursuis ton chemin pour savourer chaque instant de Bonheur…

Troisième épreuve

De belles amitiés se formèrent par cohésion. Emmessite l’illustrateur et Riccasife le conteur en sont un bel exemple : tandis que Riccasife offrait une belle histoire au public, Emmessite l’illustrait à même le sol. La foule les suivait tout en avançant dans la file d’attente. L’histoire fut passionnante, les illustrations éblouissantes… Puis, à quelques mètres de la tente, Riccasife décida d’abandonner !

Etrange… Il avait pourtant préparé 3 contes extraordinaires dans le but de séduire la princesse et le roi pendant le concours. De plus il avait 1.001 contes d’avance, pour agrémenter les soirées au palais. Il avait un plan parfait ! Il était sûr de gagner ! Son nouvel ami, lui, n’avait aucune stratégie. Seul son talent pouvait lui permettre d’attendre la première place et Riccasife savait que sans stratégie, il n’aurait aucune chance. Dans un élan d’altruisme, il lui céda sa place pour augmenter ses chances de réussite… Il partit sans dévoiler la véritable raison de son geste.

– Je dois partir pour des raisons personnelles, dit-il avant de s’éclipser

Emmessite resta seul avec de nombreuses questions. Il réfléchit quelques minutes, puis se dit :

– Si Riccasife abandonne, qui suis-je pour poursuivre l’aventure ?

Il ramassa ses affaires, et quitta les lieux !

Evidemment, leur départ fut accompagné d’un sillage humain : des centaines d’abandons correspondant à la question «qui suis-je pour concourir ?».

Après s’être posé cette même question, Touride se reprit en se souvenant de la parade proposée par Hacoc. Une parade pleine d’humilité elle aussi :

Qui suis-je pour ne pas concourir ?…

Il ne restait plus que 3.000 candidats. Nous verrons demain comment ce nombre fut réduit à 1.000…

20 réflexions au sujet de « Épreuves cachées »

    1. A cette étape même du programme, je viens de me faire la même réflexion.
      Cette histoire doit être posée et illustrée 2 fois (une partie dessin, déco et une autre développement personnel !!!!) Je suis scotchée !!! Bravo Stéphane !!!

  1. Ha ba ça ça me parle bien… Je fréquente sur les groupes facebook au sujet du concours que je vise des gents plus doués et plus avances que moi dans les révisions… Ça a parfois tendance à me décourager quelques secondes…

  2. Bonjour Stéphane,
    Tout ça me parle, trop de choses changent autour de moi en ce moment et cela me stresse. Quand je suis stressée j’analyse moins bien la situation, parfois je repousse la décision et alors il est trop tard.
    Je vais tenter de me poser pour éviter de rater des opportunités, de me perdre en chemin.
    Merci pour ces histoires elle vont m’accompagner pour cette fin de journée.

  3. Riccasife me parle pas mal en ce moment.
    Puis je finis par me dire que je suis carrément prétentieuse ^^.
    Je continue, je m’accroche et je transformerai l’essai dans mon nouveau job!

  4. Ricasife abandonne alors qu’il a tout pour réussir; la peur de réussir semble l’attraper à son tour .
    Peut être avons – nous plus de difficultés à percevoir la peur de réussir que la peur d’échouer ?

    1. Au fond c’est la même peur :

      Pour beaucoup de gens, réussir une chose va forcément impliquer un échec (une perte, une douleur, un manque) par ailleurs. Il y a une sorte de bipolarité qui se crée automatiquement. Curieusement, l’échec, lorsqu’il est vécu ou envisagé trouve rarement le réconfort dans cette polarité…

  5. Stéphane, ton texte fait réfléchir, mais il me rappelle aussi cette citation de Fitzgerald : « Our lives are defined by opportunities, even the ones we miss. » Qu’en penses-tu ?

  6. Ce récit me rappelle mon parcours pour changer de métier.
    Que de Fibsurves et que d’épreuves cachées à traverser…
    J’ai d’ailleurs changé de métier deux fois, et à la lecture de tes textes je vois certaines choses que j’ai fait différemment la deuxième fois pour passer les épreuves et qui m’avaient freiné la première fois, notamment le « qui suis-je pour ne pas concourir? »…

  7. Ces anecdotes me font penser à la vie sauf que dans les récits de Stéphane on a des explications que ne donne justement pas la vie. Sous forme d’évocations on entrevoit des facettes, des potentiels de nos parcours, ainsi tout devient possible. On ne serait pas en coaching je dirais que ça parle de foi, je n’utilise plus le mot croire/croyance/choix mais bien un mot plus profond parlant de révélation de notre univers/cadre de vie, de la providence, du hasard et de la nécessité. ça devient spirituel, gare à la scientologie, aux gourous, aux faux prophètes..bah, même pas mal, on ne se laisse pas faire par les subversifs. Au fait j’ai encore dû avoir recours à http://www.anagramme-expert.com/riccasife/ pour savoir qu’il s’agissait de sacrifice!

  8. Je crois que je vais m’imprimer tous les épisodes pour les relire, comme bibliothèque de référence car chaque situation me fait un premier écho, puis chemine et crée une deuxième réflexion… du Hacoc de haut niveau !

  9. « les règles intérieures sont beaucoup plus puissantes que les règles extérieures.  »

    Voilà ce que m’évoquent ces mots : Monde intérieur, contraintes intérieures, biais, croyances limitantes.

  10. « la première épreuve fut celle de la patience… »
    Je ne suis pas patiente. Le coup psychologique de l’attente est trop lourd pour moi. Cela m’oblige à changer mon planning. Je dois attendre et donc demander à mes équipiers (mes enfants) d’attendre. C’est au dessus de mes moyens. Ils finissent toujours par s’impatienter et moi je pète un câble dans ce cas.
    J’en suis arrivée à ne plus attendre les autres. Je fais ce que j’avais prévu même si la personne que j’attends est en retard.

    Je me rappelle le début d’aller vers. J’ai du attendre. J’avais autre chose à faire alors j’ai fait autre chose. Mais mes pensées étaient focalisées sur cette attente : attendre, attendre, attendre… C’est très dur pour moi.

  11. « Distraits pas toutes ces merveilles, ils oublièrent la raison pour laquelle ils étaient là.  »

    J’ai l’impression qu’il y a une coquille. Est-ce que tu as voulu écrire « Distraits par » ?

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