Etre prêt à…

Le public fut invité à quitter les estrades et à se diriger vers l’espace des 21 tourelles…

Tirame invita les 3 finalistes à se préparer physiquement et mentalement à l’épreuve finale dont ils ne connaissaient pas encore l’objet. Loigneic passa l’heure à évaluer les différentes options, Eustret s’échauffa, Naurquive se prêta à quelques étirements et postures harmonieuses, s’autorisant, toutes les 15 minutes, des voyages intérieurs dans des mondes qu’il inventait à loisir.

A ce moment précis, l’épreuve planifiée n’était pas celle que nous connaissons. Il s’agissait plutôt d’un jeu de pistes entre les 21 tourelles. Mais lorsque la princesse reconnut en Naurquive le garçon qui lui avait porté secours 8 ans plus tôt, elle se leva et se précipita vers les coulisses. Elle marchait d’un pas vif et déterminé pour rejoindre les organisateurs affairés à régler les derniers détails.

Tirame s’inquiéta de la présence de la princesse. Mais ce n’était pas une simple présence : elle posait des questions, exigeait des réponses précises et donnait des directives de bon sens :

– Princesse, dit l’un des organisateurs, vous ne pourrez prendre place en haut des 3 tours. En revanche nous pouvons placer un fanion en haut du 10ème étage de chacune d’entre-elles. Le premier concurrent qui agitera le drapeau aura gagné.

– Faites concourir les candidats les uns après les autres s’il le faut. Ma place est en haut de la tour !

– Mais si le premier réussit, les autres l’imiteront…

– Alors isolez les concurrents pour qu’ils ne puissent pas s’inspirer les uns des autres.

– Comment les départagerons-nous s’ils gagnent tous les trois ?

– Ils ne gagneront pas tous les trois ! Vu leur état de fatigue, je doute même qu’ils puissent voir la corde en entrant dans le jeu. L’un d’eux la verra peut-être au premier étage, l’autre au troisième ou au sixième… Il sera facile de les départager.

– Mais vous afficher ainsi comme un trophée, comme l’objet de toutes les convoitises n’est pas digne de votre rang.

– Je saurai tenir une posture qui ne laissera personne altérer l’image que j’ai de moi. De toute façon, je ne pense pas que décrocher un fanion pour gagner une princesse soit un meilleur schéma…

Un silence pesant envahit la salle. Tirame décida de le briser :

– Messieurs ! Nous sommes là à tergiverser sur l’image de la femme, alors que si nous devions marier un prince, nous ne contesterions pas autant ses propositions. La moindre des choses est de respecter la demande de la princesse…

– Bien ! Dit la princesse. Lorsque vous donnerez les instructions, Tirame, ne dites rien qui puisse permettre de soupçonner la présence du système de levage. Faites en sorte que même l’esprit le plus aiguisé soit convaincu que l’escalier est le seul moyen qui vaille.

– J’avais prévu un discours sur le QUOI et le COMMENT. Vous savez à quel point ma façon de présenter les épreuves au public impacte les esprits au-delà du jeu. Distinguer le QUOI du COMMENT est d’une importance majeure. Rappelez-vous qu’il y a des enjeux éducatifs derrière cet événement. Le peuple est en transformation depuis plusieurs semaines, et le public est porteur de nouvelles énergies qu’il diffusera autour de lui.

– Alors parlez-en à la fin !

– L’Energie ne sera pas la même…

– Le fait que je sois présente en personne en haut de cette tour met en valeur le QUOI. Un candidat qui ne pense qu’à gouverner ne pourra relever le défi, car pour lui, je ne vaudrai pas mieux qu’un drapeau à agiter. Mais si parmi ces hommes, il en est un qui éprouve de véritables sentiments pour moi, il trouvera le moyen de me rejoindre.

– Bien ! Il est vrai que votre présence affectera les attractions. Les vibrations auxquelles nous avons pensé ne sont plus les mêmes. Il ne nous reste qu’à lâcher prise et à nous laisser porter par ces nouvelles Energies que nous ne maîtrisons pas.

– Merci messieurs ! Dit la princesse. Puis-je vous faire une dernière requête ?

– Faites…

– Prenez ce petit mouchoir blanc, et attachez-le à la corde au niveau du sixième étage…

—-

Lorsque Tirame prononça froidement les règles du jeu, Loigneic n’imagina pas une solution de secours. Toujours intoxiqué par Fibsurves, il se permit même de critiquer le concours qui l’a mené jusqu’à la finale.

Eustret et Naurquive l’entendirent s’indigner. En se lançant, Eustret était encore imprégné du raisonnement de Loigneic et n’avait donc aucun autre objectif que de grimper les 10 étages le plus vite possible. Soit Loigneic avait raison, soit il avait tort… Voyant à mi-chemin que c’était peine perdue, il abandonna.

Naurquive, lui, avait pour objectif de rejoindre la princesse, pas de grimper 10 étages. Son raisonnement ne fut pas binaire comme celui d’Eustret. Il ne se focalisait pas sur la façon de faire, mais sur cette étreinte qu’il avait visualisée tant de fois dans son imaginaire. Il était temps de réaliser son rêve ! A la fin de l’épreuve, lorsque Tirame l’interrogea publiquement sur ce qui lui a permis de gagner, il répondit ainsi :

– Les calculs de Loigneic m’ont aidé à comprendre que quelque chose de plus subtil avait été mis en place pour rendre la victoire possible. J’en étais convaincu, mais je dois avouer que tout au long de ma course, je n’avais pas vu la corde, qui était pourtant là dès le premier étage… Ce n’est qu’au dernier moment, lorsque tout espoir semblait perdu que je me suis senti comme attiré. Je ne saurais expliquer le phénomène, mais c’est comme si mon corps s’était soulevé ! Même avec la meilleure volonté du monde, je n’aurais pu continuer à pieds…

– Et si ce phénomène étrange n’avait pas pris possession de votre volonté, auriez-vous continué votre course ?

– Oui !

– Et si la tour avait été haute de 15 étages, auriez-vous continué ?

– Même s’il avait fallu grimper 100 étages, J’étais prêt à le faire ! Mais je suis bien heureux de n’en avoir grimpé que 6…

Tirame se sentit transcendé par ce qu’il venait d’entendre. Naurquive venait de lui inspirer la fin de son discours. Une fin à laquelle il n’avait pas pensé, et pourtant, tous ses actes de bravoure durant les temps durs du royaume pouvaient se résumer à ça :

Etre prêt à…

Mesdames et messieurs, Notre vainqueur vient de nous décrire un phénomène étrange qui l’a mené jusqu’à la victoire. Ce mystère échappe à notre science, mais il sera peut-être expliqué dans quelques siècles. En attendant, nous pouvons tous profiter de cette Attraction : peu importe COMMENT cela fonctionne. Ce qui compte, c’est le QUOI. La cause profonde pour laquelle vous serez toujours prêts à…

Vous n’aspirez certainement pas à grimper 100 étages pour atteindre votre but ultime, mais vous êtes prêts à le faire ! Et si des solutions apparaissent en chemin, c’est parce que vous êtes prêts à…

Etre prêt à entreprendre un long chemin, réduit le chemin…


C’est ainsi que se termine notre histoire. Cependant, nous nous sommes concentrés sur quelques personnages-clé. Comme vous pouvez vous en douter, beaucoup d’autres habitants du royaume ont interagi avec ces changements, avant, pendant et après le concours. Le passage chez Hacoc, pourrait à lui seul faire l’objet de dizaines d’histoires…

J’aurai l’occasion de vous en raconter tout au long de l’année.

L’aventure continue…

A++

Stéphane

6 réflexions au sujet de « Etre prêt à… »

  1. Bonjour,

    Voilà l’histoire terminée mais je sens que je vais avoir besoin de beaucoup de relecture avant d’en tirer toute la « substantifique moelle » . Pour le moment, le seul personnage qui m’inspire, tout en restant sur que son rôle ne me soit pas accessible (du moins pour le moment … ne soyons pas négatif) c’est celui du MAITRE. Dans l’histoire de France j’en aurai fait un Cardinal, plutôt qu’un guerrier. Comment ne pas se persuader que TIRAME, n’était pas au courant de l’amour de la petite princesse ? Penser qu’il n’a pas fait son enquête, voire étudier le pauvre Naurquive et imaginer ce tournoi dans le seul but de légitimer un « gueux » au pouvoir et combler la Princesse ? Aurait-il pu manipuler également le roi pour lui faire accepter cela ? Dans ce cas, connaissant les compétences de Tirame (« Vous savez à quel point ma façon de présenter les épreuves au public impacte les esprits au-delà du jeu »), on conclut que le tournoi est biaisé, sinon truqué et que le seul but est de faire gagner Naurquive et le faire ainsi accepter par tous. Cependant si c’est le cas, dans l’histoire il ne nous reste plus qu’un rôle à jouer et la leçon à retenir est « Chercher SA victoire » … Le plus difficile étant alors d’admettre que nous sommes « L’idiot du village » :). Et justement … s’il semble facile de tout laisser tomber dans la situation de Touride qui n’est clairement pas à sa place, comment tenter, prendre des risques quand on a également beaucoup à perdre ?

    A bientôt,
    Philippe

  2. Merci pour tous ces articles. Merci pour tout ce cheminement interpersonnel que tu m’offres la possibilité de faire.

    Parceque sincèrement, c’est un cadeau de vie.

    J’attends avec impatience la suite la semaine prochaine.

  3. Savoir pourquoi on se bat sans se perdre en chemin en se focalisant trop sur le comment y parvenir, voilà la clé de la réussite.
    C’est un de mes problème, je veux tellement tout prévoir, envisager touts les problèmes et chercher à chaque fois un moyen de les dépasser qu’au bout du compte, je ne vois que les problèmes, je m’épuise à trouver des solutions sur des problèmes qui n’existent même pas encore, et vu que j’ai une imagination débordante, je finis toujours par trouver un problème sans solution, et je perds avant même d’avoir commencé. Ce ne serai pas un revers du perfectionnisme ?
    Ou alors j’abandonne le bénéfice de la victoire car elle entraîne trop d’incertitudes, comme quand j’ai réussi un concours, mais que du coup je n’ai pas pris le poste car trop d’incertitudes sur le lieu d’affectation après l’année de stagiairisation.

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