Qui perd, gagne…

En entrant dans les coulisse de l’arène, les participants furent surpris par l’abondance de biens et de services qui leur étaient offerts. Une nourriture abondante et pour tous les goûts, des boissons rafraîchissantes à souhait, des vêtements neufs, une bibliothèque immense contentant de nombreuses sources d’informations, et surtout une disponibilité des instructeurs à qui ils pouvaient poser tous types de questions, tant sur l’organisation de l’événement que sur la vie au palais, les loisirs du roi, les goûts de la princesse, les membres de la Fraternité qui a suivi le roi dans de multiples aventures et qui lui sont restés fidèles après son couronnement…

Quelques jeunes-gens de condition modeste se sentirent gênés lorsqu’on leur proposa des vêtements neufs, ils avaient peur de devoir les rembourser au cas-où ils les abîmeraient. Les personnes qui s’occupaient du bien-être des candidats leur expliquèrent que tout ce qui était à leur disposition et qu’ils pouvaient emporter avec eux, était offert. En aucun cas on ne leur demandera de payer ou de rembourser quoi que ce soit : vêtements, livres, souvenirs… Pendant cette journée spéciale, ils étaient accueillis comme des princes et pouvaient disposer des richesses dignes de ce rang.

Le discours de Tirame

Tirame leur fit un discours de bienvenue empreint de Bienveillance de de Respect :

Vous êtes des personnes de grande Valeur ! Prenez conscience de votre Valeur : chacun de vous est unique et sublime !

Vous avez franchi de multiples obstacles pour arriver jusqu’ici. Quelle que soit votre condition sociale, quelles que soient vos origines, quel que soit votre parcours de vie, vous avez réussi à sortir des innombrables pièges qui vous ont été tendus. Des millions de personnes vivent ce changement avec hostilité, mais vous, vous chers amis, vous avez réussi à transformer chaque obstacle en défi, chaque rencontre en opportunité, chaque épreuve en occasion de vous dépasser, et surtout, vous avez su apprécier les multiples cadeaux qui vous ont été offerts par la vie au lieu de les repousser…

Alors permettez-nous de nous associer à la vie pour vous offrir des cadeaux à la hauteur de votre Attitude. C’est elle qui vous a menée jusqu’ici. Vos connaissances, vos compétences, vos dons et vos talents sont de bons atouts, mais sans votre belle Attitude, vous ne seriez pas là pour les manifester. Mes amis de la Fraternité vont passer dans les rangs pour vous serrer la main. Ecoutez bien ce qu’ils vous diront, car ces deux mots représentent désormais votre nouvelle vision du monde. Vous pourrez vous les répéter à chaque fois que la vie vous proposera de vous combler !

Les amis de Tirame passèrent dans les rangs pour serrer les mains des candidats. A chaque poignée de main, ils fixèrent leur interlocuteur dans les yeux, et d’une voix ferme et douce à la fois ils lui annoncèrent :

Tu mérites !…

Pour certains candidats, peu habitués à ce genre de valorisation de leur Etre, ces mots firent l’effet d’une onde de choc. Une foule d’émotions les traversa, leur donnant le sentiment que tout leur était désormais possible. Tous avaient conscience qu’un seul homme deviendra prince du Royaume, mais l’Energie qui les faisait vibrer valait tous les royaumes du monde. Energie qui irradia aux alentours puisqu’à ce moment précis, sur les gradins, des milliers de personnes commencèrent à taper dans leurs mains pour encourager les valeureux.

Qui perd, gagne…

Les épreuves publiques, celles que tout le monde peut admirer, sont rarement représentatives du chemin parcouru au préalable. C’est du spectacle : un condensé acceptable pour des spectateurs qui ne souhaitent pas entrer dans les détails, mais qui aiment apprécier les résultats. Les organisateurs firent honneur aux méritants en orchestrant des épreuves qui ont mis en valeur toutes les personnalités : les chanteurs ont pu chanter, les jongleurs ont pu jongler, les peintres ont pu peindre, les jardinier on pu jardiner…

Même si en quelques heures, des centaines de participants furent éliminés, le simple fait d’avoir fait partie du spectacle leur permit par la suite, d’être reconnus à leur juste valeur. S’ils ne sont pas devenus princes du royaume, ils ont pu exercer un véritable pouvoir dans leurs villes et leurs villages, aidant par leur Attitude les personne qui les prirent comme modèles.

L’exemple de Touride, dont nous suivons les aventures depuis le jour où il quitta son village à dos de mule, pourrait faire office de métaphore pour illustrer ces «perdants qui ont tout gagné». Son parcours pendant le concours fut à l’image de son cheminement jusqu’au palais. Après quelques maladresses dont il chercha le Sens, il remporta des victoires successives et reprit Confiance en lui. Le public l’admira épreuve après épreuve. Il était le grand favori. Aussi, lorsqu’il échoua à la demi-finale, de nombreuses personnes vinrent le féliciter.

Dans cette foule d’admirateurs, il reconnut Misete, sa confidente de toujours :

– Misete ! Quelle surprise ! Mais que fais-tu là ?

– Je n’allais pas manquer un tel spectacle !

– C’est vrai que c’était fantastique ! Quelle belle aventure !

– Et tu ne regrettes pas d’avoir perdu ?

– Non ! C’est curieux, j’ai même l’impression d’avoir gagné ! D’être devenu «quelqu’un» !

– Tu as toujours été «quelqu’un» ! Tu as juste ouvert les yeux grâce à ce parcours. Et aujourd’hui, tu mérites !…

Pendant un bref instant, Touride sentit encore cette belle Energie le traverser. C’est vrai qu’il a dépensé sa jeunesse à entretenir la médiocrité qui lui collait à la peau, et que cette aventure lui a permis d’aiguiser ses sens en se fiant à ce qui se trouvait en lui et autour de lui.

– Oui… dit-il à son amie, je me lamentais souvent en désirant tout ce que je n’avais pas. Bien des choses étaient à ma portée, mais je n’ai jamais su tendre la main pour les saisir, les découvrir, les observer, m’en exalter…

Tout en prononçant ces mots, il tendit le bras et relava doucement la mèche de cheveux qui cachait les yeux de Misete. Il fut subjugué par son regard vert. Ce vert d’espoir qu’il était venu chercher… II se rapprocha pour lui murmurer à l’oreille :

– Je n’ai pas remporté la victoire… J’ai remporté ma victoire !

Touride et Misete ne furent intéressés ni par la dernière épreuve, ni par le gagnant qui rejoignit la princesse en haut de la tour. Tout ce dont ils se souviennent, c’est de leur premier baiser d’éternité, sous les bravos d’une foule en liesse.

14 réflexions au sujet de « Qui perd, gagne… »

  1. Aïe! « Je mérite ». Point sensible en ce qui me concerne. Certains essayent de me convaincre que je n’ai que ce que je mérite. J’essaye de comprendre pourquoi je ne mériterais pas aussi ce qui semble m’être refusé. Bref, je suis sur ma mule… Ah non! Suis-je donc étourdi? Je l’ai laissée à quelqu’un qui en avait plus besoin que moi. Je me suis « sacrifié » de bon Coeur. Je regarde la foule et la tour et je me dis que tout est parfait. Si je n’ai pas tout ce que je mérite, j’ai le mérite de m’accommoder de ce que j’ai. Le reste viendra en son temps… ou pas.

  2. Je mérite, je mérite ce qu’il y a de mieux, ce que j’aime, ce que je souhaite. Il n’y a que moi qui puisse en décider. Tellement vrai, et le dénouement est magnifique !

  3. Merci Stéphane pour ce beau récit sur Touride. L’énergie dont je me sens remplie ces derniers temps n’est pas étrangère à ce que tu nous transmets par ce conte.
    Mais j’ignore ce que je vais y gagner.
    Je m’aperçois que je ne sais pas actuellement ce que pourrait être ma victoire.
    Ma princesse ou ma Misete ne sont peut être pas assez connues de moi, ou peut être trop floues.

  4. Tu mérites…Un super bagage pour avancer. Message délivré dont chacun, moi, seul peut donner une suite personnalisée… Ouverture aux possibles, cela me convient parfaitement dans mon parcours actuel ! Tout est parfait !
    Merci Stephane, pour cette histoire qui porte tant de graines à lever!

  5. Très touchée par ce texte. D’abord au fond de moi puis par ce sentiment que chacun sort grandi de cette aventure. Très chouette. Merci

  6. Qui gagne, gagne; qui perd, gagne. Donc seul celui qui ne joue pas perd… mais là encore, peut-on réellement affirmer qu’il a perdu?

  7. Ce texte m’a particulièrement émue. J’ai l’impression que le contexte social français, européen, mondial… le contexte du système éducatif, du marché du travail, le contexte économique et politique… bref, NOTRE « Cité », ne fait que nous asséner le contraire que ce dont nous parle ce conte. Il s’agit de résister avec force et courage, tous les jours, pour continuer à croire à une autre réalité, à d’autres vérités que celle qu' »on » nous fait entendre presque partout, et à haute doses, au cinéma, avec les pubs, les faits divers, les faits politiques, sociaux et économiques… Ces contes me rappellent à mes promesses intimes : ouvrir le yeux, les oreilles et le cœur, pour entendre les guides comme Hacoc dans le brouhaha de mon quotidien. Brouhaha composé par le stress pour gagner ma vie dans un contexte difficile, la volonté d’honorer mes besoins profonds et ceux de mes proches, les évènements de mon entourage, mes émotions et celles des autres, ainsi que le brouhaha médiatique dont « on » veut nous faire les obligés et qui nous hypnotise dès qu’on manque d’attention. Je me sens bien en route vers un royaume où le roi est Amour et tous les domaines de compétences sont honorés, partagés et dégustés, d’où chacun peut repartir Prince ou Princesse vers sa Cité et y contribuer avec ce en quoi il croit. Mais la route est longue, semée d’embûches et de culs de sacs. La fatigue et le découragement me saisissent trop souvent. J’ai trouvé le yoga et la méditation et plusieurs passeurs de ces traditions pour m’aider à garder le bon cap, mais le contraste devient parfois aveuglant entre le Royaume de mes espoirs et le paysage que je vois autour de moi. Pas toujours sûre d’être sur le bon chemin. Croire, malgré les messages contraires, que je le mérite ? Que ce Royaume peut exister ? Que je peux y participer ? Et en relisant mon texte, je me demande si je n’aurais pas parfois un problème de perception du monde qui m’entoure. Ou une dichotomie entre mes espoirs et ce que je vois qui me fait flancher et en oublier de ressentir les rayons du soleil, simplement, de ma vie et surtout, peut-être, l’amour de mes proches.

    1. Je me sens aussi parfois comme toi Zak, il m’est difficile de changer ma perception du monde lorsque je suis stressée ou fatiguée et lorsque la « laideur du monde » me submerge.
      J’ai aussi l’impression que parfois le monde me rappelle qu’il est beau et que j’ai de la chance. Merci de ce témoignage éclairant pour moi.

  8. Barthés Bernard Merci pour cette précision. Tu mérites n’est pas tu le mérites. Je te lis juste après avoir écouter le texte audio et tout s’éclaire.

    1. Grâce aux choix que Touriste à fait pour arriver jusqu’à la demie finale, grâce à ses « petites » victoires – qui en réalité sont des victoires contre ses croyances limitantes, ses auto sabotages – il a remporté SA victoire.

  9.  » je me lamentais souvent en désirant tout ce que je n’avais pas. Bien des choses étaient à ma portée, mais je n’ai jamais su tendre la main pour les saisir, les découvrir, les observer, m’en exalter… »
    C’est tout à fait ça, je vois souvent ce qu’il me manque au lieu de profiter de ce que j’ai et je pense que certaines choses ne sont pas pour moi (ou que c’est compliqué ou hasardeux), donc je ne les saisies pas.

    Ça me rappelle le texte sur le pouvoir de l’engagement :
    « Tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, la possibilité de se rétracter demeure et l’inefficacité prévaut toujours.
    En ce qui concerne tous les actes d’initiatives et de créativité, il est une vérité élémentaire dont l’ignorance a des incidences innombrables et fait avorter des projets splendides. Dès le moment où on s’engage pleinement, la providence se met également en marche.
    Pour nous aider, se mettent en oeuvre toutes sortes de chose qui sinon n’auraient jamais eu lieu. Tout un enchaînement d’évènements, de situation et de décision crée en notre faveur toutes sortes d’incidents imprévus, des rencontres et des aides matérielles que nous n’aurions jamais rêvé de rencontrer sur notre chemin.
    Tout ce que tu peux faire ou rêver de faire, tu peux l’entreprendre. L’audace renferme en soi génie, pouvoir et magie.
    Débute maintenant. « 

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